Toutes les données de l’île, et d’où elles viennent
L’inventaire complet de ce qu’il y a dans la base : 115 tables, 52 fiches de source, 78 tables ouvertes en lecture publique. Ce qui est ouvert, ce qui ne l’est pas, ce qui date de 2025, et ce qui manque encore.

D’où sortent les chiffres affichés sur la carte ? Réponse courte : d’une base de 115 tables, remplie avec des jeux de données publics, chacun avec sa licence et sa date. Réponse longue : la voici, les trous compris.
Une donnée a quatre états qu’on mélange tout le temps. On l’a. On a le droit de la republier. Elle est fraîche. Elle est complète. Ce sont quatre questions différentes, et elles n’ont pas les mêmes réponses. On les mesure donc séparément.
Ce qu’il y a dedans
Tous les comptages ci-dessous ont été refaits table par table sur la base, à la version 2026.09.18 de l’application. Pas la statistique interne du moteur, qui arrondit : interrogée sur les règles d’urbanisme, elle en annonce 700 là où il y en a 712. L’à-peu-près était dans le moteur, pas dans le règlement.
Le bâti et le sol :
- 641 824 bâtiments au cadastre ; et, à côté, 502 112 volumes reconstruits au laser aéroporté — 434 770 bâtiments distincts, un bâtiment pouvant donner plusieurs volumes — dont 500 575 toitures métrées ; ces volumes-là sont posés sur les empreintes de la BD TOPO, qui est un autre référentiel que le cadastre : les deux comptes ne s’additionnent pas et ne s’emboîtent pas ;
- 431 662 parcelles et 353 148 adresses ;
- 5 831 zones de plan local d’urbanisme dessinées sur 23 communes, et 712 lignes de règle : 709 lues dans les règlements d’urbanisme des 23 communes qui en ont un, plus 3 fiches pour Saint-Philippe, qui relève du règlement national.
L’activité :
- 147 922 établissements du répertoire Sirene, tous géolocalisés ;
- 30 545 fiches de lieux venues d’annuaires ouverts, et 27 689 points d’intérêt d’OpenStreetMap ;
- 27 023 ventes immobilières et 11 249 arrêts de bus des six réseaux.
L’eau et le risque :
- 34 828 tronçons de ravines et 3 268 bassins versants ;
- 19 015 hauteurs d’eau modélisées par l’État sur les territoires à risque d’inondation, et 8 072 zones de risque naturel.
Le reste : 344 quartiers, 54 webcams publiques dont 51 répondaient au dernier test, et une bibliothèque de 122 documents découpés en 949 extraits, rangés en neuf catégories — 47 documents rien que sur l’urbanisme.
Hors base, sur un disque : 1 691 dalles de nuage de points laser, 248 gigaoctets. C’est la matière brute des toitures.
D’où ça vient
Presque tout vient de producteurs publics qui publient exprès. L’IGN pour le relief, le bâti et le laser. La direction des finances publiques et Etalab pour le cadastre et les ventes. L’INSEE pour la démographie et le répertoire des entreprises. Géorisques pour les aléas, le Géoportail de l’urbanisme pour le zonage, les réseaux de transport pour leurs arrêts et leurs lignes — pas leurs horaires, que nous n’avons pas. Presque tout cela relève de la Licence Ouverte, la 2.0 nommément sur treize fiches : réutilisation commerciale permise, attribution obligatoire. Quelques fiches de l’INSEE portent une formule maison, « réutilisation libre », qui dit à peu près la même chose sans citer de texte.
À côté, OpenStreetMap, en ODbL — la plus exigeante du lot, parce qu’elle impose de partager à l’identique ce qu’on en dérive. Puis Overture Maps et Foursquare, en Apache-2.0, CC0 et CDLA. PVGIS, pour le soleil, en CC BY 4.0.
Tout ça est inscrit dans un registre unique : une fiche par jeu de données, avec sa source, sa licence et sa classe de mouvement. Quand l’ingestion est automatisée, la fiche porte en plus son millésime, sa cadence de rafraîchissement et l’empreinte du fichier reçu — quatorze fiches sur cinquante-deux à ce jour. La règle, elle, tient en une ligne, et elle est écrite dans le code : une licence n’est jamais devinée : elle n’est remplie que si elle est écrite dans un manifeste.
Conséquence embarrassante et assumée : sur les 52 fiches du registre, six n’ont pas de licence écrite — et deux autres ne portent qu’un tiret, ce qui n’en est pas une non plus. Le cordonnier est mal chaussé, et l’une des six est le répertoire des établissements, c’est-à-dire une des sources les plus visibles de l’application. On préfère la case vide au copier-coller optimiste : une case vide se remplit, une licence inventée se plaide au tribunal.
Le trou plus large est celui-ci : 52 fiches pour 115 tables. Quarante-trois tables de plus de cinq cents lignes n’ont aucune fiche — dont les toitures reconstruites, c’est-à-dire le cœur du produit. Ce n’est pas un secret, c’est du rangement en retard. Il fallait bien que l’inventaire commence par dire ce qui n’est pas encore rangé.
Elles n’ont pas toutes le même âge
Les dates de la donnée, telles qu’inscrites au registre :
- OpenStreetMap : 14 septembre 2026 ;
- annonces légales du BODACC : 15 septembre 2026 ;
- stock Sirene : 1er septembre 2026 ;
- Overture Maps : 19 août 2026 ;
- registre du commerce et comptes déposés : 20 mars 2026 ;
- Foursquare : 6 février 2025 ;
- bibliothèque de documents : figée depuis fin juin 2026.
Un extrait Foursquare de février 2025, à l’échelle d’une boutique, c’est lontan. C’est précisément pour ça que le score d’existence d’un établissement ne compte plus un signal antérieur de plus de dix-huit mois au stock Sirene : une fiche de février 2025 ne prouve rien sur une devanture de 2026.
Vieux ne veut pas dire faux. Le cadastre bouge lentement, un plan d’urbanisme tous les dix ans environ, une webcam toutes les deux minutes au plus. Le registre range d’ailleurs chaque source dans une classe de mouvement — statique, lent, rapide, dérivé, humain — pour qu’une fiche lente ne soit jamais jugée en retard. Il se trompe encore parfois : la fiche des webcams y est rangée « statique ». Ce qui serait fautif, ce n’est pas d’avoir une donnée de 2024 : c’est de ne pas dire laquelle.
Ce qu’on republie, ce qu’on garde
Le partage n’est pas une bonne intention, c’est une liste blanche exécutable. Un compte de lecture publique existe dans la base, et il n’a le droit de lire que des tables nommées une par une : 78 tables sur 115. Les 37 autres lui sont invisibles, purement et simplement.
Les motifs sont écrits dans le fichier, à côté de chaque exclusion :
- les transcriptions de radio et le texte intégral des articles de presse : de la parole et de l’écrit qui appartiennent à d’autres ;
- les dirigeants nommés : des personnes physiques, pas des objets de carte ;
- les numéros d’établissement en diffusion partielle : la personne a demandé à l’INSEE à ne pas être exposée, ce n’est pas à nous de la réexposer ;
- les immatriculations des véhicules de bus et les traces de déplacement horodatées ;
- les parcelles qu’un contrôle a marquées comme suspectes : c’est une accusation implicite, ça ne se publie jamais.
Le script refuse même de démarrer si l’une des quatre tables les plus sensibles réapparaît dans la liste, par exemple après un reformatage un peu vif. Une bonne intention se contredit au bout de six mois ; un privilège de base de données, non.
Ce qui manque
Le laser ne couvre pas l’intérieur de l’île : 1 691 kilomètres carrés de dalles pour une île qui en fait 2 512. Les cirques, la Plaine-des-Palmistes et le piton des Neiges n’y sont pas. Le plus traître, c’est que l’absence ne se voit pas — une dalle manquante se lit comme de la mer, à zéro mètre. Notre premier relief « île entière » plafonnait donc à 2 894 mètres : le sommet de l’océan Indien avait maigri de 176 mètres et déménagé de six kilomètres, sans un message d’erreur. Le relief vient depuis du modèle altimétrique de l’IGN, qui couvre tout.
Le reste des manques, dans le même esprit :
- Saint-Philippe est la seule commune sans zonage d’urbanisme vectoriel dans l’extrait du Géoportail de l’urbanisme que nous lisons : l’application le dit, elle ne remplit pas le vide ;
- la classe laser qui sert partout ailleurs à sortir les poteaux, les murs et le mobilier urbain est vide à La Réunion : tout est noyé dans le fourre-tout « non classé » ;
- le service national d’accès aux données sur l’eau ne donne aucun temps réel ici : zéro observation sur les vingt stations réunionnaises testées, et un débit journalier moyen pour treize d’entre elles seulement. Le temps réel hydrologique réunionnais existe, mais chez la DEAL, et nous ne le lisons pas encore ;
- la table qui relie les référentiels entre eux compte 434 770 liens et pas un seul code de quartier IRIS — la colonne existe, elle est vide.
Rien de tout cela n’est agréable à écrire. Mais une donnée affichée sans sa source n’est qu’un dessin, et le jour où quelqu’un viendra nous dire « votre chiffre est faux », on préfère répondre par la commande qui l’a produit que par un souvenir.